Noblesse et authenticité du naturel

À Vaux-Chavanne, petite commune de l’entité de Manhay dans la province de Luxembourg en Belgique, deux enfants du pays qui partageaient la même passion de la déco et du savoir-faire local ont transformé une fermette vieille de cent cinquante ans en un gîte alliant tradition et confort moderne.

Les Boussines

À un jet de pierre des très touristiques villages de Durbuy, Vielsalm, Stavelot ou La Roche, le paisible village de Manhay a vu grandir Marie-Thérèse et Joël Derenne. Tout petits, ils suivaient les fermiers qui allaient traire au lieu-dit ‘les Boussines’. C’est le nom que porte aujourd’hui leur gîte. Ouvert depuis l’automne 2012, c’est aussi le rêve de toute une famille, devenu réalité au bout de plus de vingt mois de restauration à laquelle chacun a pris part.

D’origine, ou presque

De facture typiquement ardennaise, le bâtiment, flanqué d’une vaste grange, comportait deux pièces à vivre en bas et deux en haut. Aujourd’hui, ses 350 m2 peuvent accueillir jusqu’à quatorze personnes dans six chambres et une mezzanine. La vue est imprenable sur la luxuriante vallée de la Chavanne. À peine le seuil passé, on comprend que les propriétaires ont pris le parti de la tradition. Celle des matériaux, comme celle des couleurs, mais aussi du mobilier et de la décoration. Tout ce qui a pu être récupéré dans la ferme l’a été et maintenu à l’identique ou reconverti. Et Marie-Thérèse de préciser: « Nous avons recherché la rusticité, et si celle d’origine ne suffisait pas, nous en avons un peu ajouté. Nous avons de la sorte érigé l’escalier en colimaçon autour du tronc d’un chêne. Celui-ci pèse près de deux tonnes et il a fallu une grue pour l’installer par le toit. Mon mari l’avait repéré lors d’une balade en VTT sur le terrain d’une connaissance et il le voulait absolument. »

Matériaux robustes et naturels

Joël ne manque donc ni de détermination ni d’ingéniosité. Des qualités que cet ébéniste et artisan garnisseur de formation a transmis à ses enfants, en même temps que l’amour du bois. Ensemble, ils ont su donner une seconde vie aux divers éléments trouvés à la ferme. Sa fille Sophie et son beau-fils, Julien, ont d’abord débarrassé les perches du fenil de la chaux qui les recouvrait. Celles-ci ont ensuite été transformées en plafond pour la plupart des pièces de la maison. Entre autres essences de bois, on remarquera le douglas pour le bardage extérieur et, à l’intérieur, du sapin et du chêne. Le pin a juste été poncé ; il n’a reçu aucun autre apprêt. Marie-Thérèse et Nicolas, le fils cadet, ne comptent plus les mètres carrés de bois qu’ils ont frottés. Dame Nature s’est chargée personnellement du chêne : les émanations des urines du bétail ont suffi pour créer cette couleur dérochée. Le contraste est harmonieux avec la pierre, omniprésente et d’origine également. Quand celle-ci est enduite, c’est de chaux ou d’argile, rien de plus.

Projet mûri et inspiré

Lorsqu’on demande à Marie-Thérèse ce qui a été le plus source de plaisir ainsi que de défi, son cœur lui dicte ces mots: « Notre projet était mûr; cela faisait plus de sept ans que nous le portions tous ensemble. Chacun des objets collectionnés par mon mari et moi, chinés en brocante ou récupérés dans la grange, trouverait un jour sa place ici, nous le savions. Nous avions déjà un gîte plus petit à Malempré et avions observé les restaurants de la région dans l’esprit de ce que nous voulions. Nous avons bénéficié du savoir-faire et des conseils de l’artisan Dominique Noël, à qui l’on doit le célèbre B&B La Balade des Gnomes, à Durbuy. » Sept années se sont donc écoulées, durant lesquelles la maîtresse des lieux parcourait les numéros de Maisons de Charme et y plaçait des marque-pages à chaque coup de cœur. Ce sont ses amies et complices d’école, Bénédicte et Dominique, décoratrices professionnelles, qui lui ont fait découvrir le magazine. Toutes deux ont pris le relais lorsque le moment fut venu de mettre en place les divers éléments de décoration chinés par Marie-Thérèse et Joël. On leur doit aussi le choix des voilages et la céruse du mobilier, une technique qui n’a plus aucun secret pour elles. Ainsi est née une déco sobre, chic et cosy.

Sur mesure de bas en haut

Au rez-de-chaussée, on ne peut pas la manquer, cette grande cheminée à double cassette, que Joël a pensée, puis bâtie de ses mains. D’un côté de celle-ci s’ouvre le grand séjour à la massive table ronde, montée sur le tronc d’un chêne et prête à accueillir quatorze convives. De l’autre côté, pour lui donner la réplique, il fallait une robuste cuisine équipée, habillée également de bois par l’ébéniste. Le plan de travail aux chèrbins sertis de chêne complète l’ensemble. Non loin de là, Marie-Thérèse – qui est employée dans le secteur de l’aide aux handicapés – a pensé qu’il serait bon d’avoir de plain-pied une chambre avec salle de bains pour les personnes âgées ou à mobilité réduite. Une fois les étages gagnés, les chambres sont conçues dans le même esprit authentique, toujours dans les tons de gris, blanc et lin, avec chacune leur salle de bains. Sur les murs, l’argile a cédé sa place au Mortex couleur terre ; au sol, les galets ont remplacé la pierre et le plancher. Les cloisons sont tout en rondeur, épousant la forme des douches. Les portes suivent le mouvement: elles ont dû être cintrées et ont ainsi de faux airs de demi-tonneaux.

Modernité présente mais modérée

Une concession a été faite à la modernité au dernier étage, dans l’espace loisirs. Celui-ci est constitué d’un sauna infrarouge avec son salon détente, ainsi qu’un coin enfants avec équipement télé DVD. Une fois encore, Marie-Thérèse n’a pu résister et a apporté une patine à des osiers trop neufs à ses yeux: elle les a cirés. En guise de garde-fous, ici, c’est une échelle qui a été fixée à l’horizontale, et là, c’est un râtelier à foin, autrement plus rétro que nos barrières de protection pour enfants en haut des cages d’escalier. Les plus grands ont également leur salle de jeux, équipée d’un billard américain et d’un bar vintage, avec enseignes publicitaires d’un autre temps.

Bien-être et cocooning

Elle ne se définit pas, mais se laisse admirer, cette autre pièce au détour de l’espace commun. Il s’agit d’une salle avec bains à bulles et luminothérapie, conçue dans un esprit troglodytique. Résolument originale, elle est tout droit venue de l’imagination de Thibaut, l’aîné des trois enfants. Sur son briefing, un artisan de la région a réalisé ce lieu réservé au bien-être et à la détente. La musique zen et les photophores participent à cette douce atmosphère. Un aspect auquel Marie-Thérèse accorde une importance particulière: « J’ai voulu partout un éclairage tamisé pour un esprit cocooning. Quand j’accueille mes hôtes, j’allume toutes les lampes d’appoint, les bougies et le feu. Et je mets un CD en accord avec la saison. À Noël, ce sont des Christmas Carols. Avec le sapin, c’est du plus bel effet. L’hiver se prête d’ailleurs très bien à ce genre de cérémonial. »

La maison qui chante

Une ambiance pour laquelle on vient et on revient. Les messages laissés en quatre langues dans le livre d’or l’attestent. Comme celui de cette bande de quatorze joyeux drilles de Godinne: « Il est des maisons qui ne disent rien, il en est d’autres qui parlent. Mais la plus belle, celle qui chante, c’est celle-ci! »

Pratique

Gîte aux Boussines, maison de vacances pour 14 personnes. Pour plus d’information, cliquez ici.

Source MAISONS de Charme février/mars 2014 | Texte Aurore Joly | Photos Caroline Monbailliu